La confiance en l’autre dans la soupe aux cailloux

Le conte traditionnel de la « soupe au cailloux » est une belle métaphore d’intelligence collective en action et de la façon dont s’instaure la confiance en l’autre : par petit pas dans le cadre d’un intérêt commun. Je vous laisse découvrir.

 

A cette époque, les gens n’aimaient pas les étrangers.

Il faut dire que c’était un temps difficile.

Des chevaliers en jolies armures dorées détruisaient vos récoltes pour chasser un sanglier… Auquel vous n’aviez pas droit de toucher. Le bailli du seigneur venait  vous prendre votre pain pour nourrir les soldats. Et les catastrophes naturelles ont toujours eu cours….. le gel…. la canicule…les inondations….

Il y avait souvent peu a manger dans les villages. Et chacun jalousait son voisin et l’enviait quand il avait juste un peu plus ! Quand on avait un peu de biens, on cachait tout pour que personne ne vienne les prendre.

 

Un jour, dans un village qui a beaucoup souffert, arrive un étranger.

Il est habillé comme un camelot itinérant, mais sans sa camelote. Rien sur lui, seulement un petit sac. Ce n’est pas un paysan, ni un noble, ni un soldat, ni un moine…qu’est-ce que c’est au juste ?

A son passage on détourne le regard et on claque sa porte.

Mais l’étranger s’assied près de la petite croix, celle à coté du puits.

Et il reste là.

Voyant qu’il ne bouge pas, l’ancien du village s’approche de lui : « Mon gars, y a rien pour toi ici, passe ton chemin »

« c’est que je suis fatigué » fait l’étranger « il n’y a pas une grange par ici ou je pourrais dormir ? »

« y a rien pour toi ici mon gars, passe ton chemin, il ne nous reste rien à manger ».

« Ah ça, mais il n’y a aucun problème !  C’est moi qui vais vous nourrir, pas seulement toi mais tout le village s’il veut venir »

L’ancien regarde un peu effaré l’étranger et son sac, assez gros pour contenir quatre pommes, cinq peut être. Comment compte t-il nourrir le village avec ces cinq pommes ?

Mais dans le sac, il n’y a pas de pommes.  Seulement trois gros cailloux, en apparence des galets que l’on trouve dans le lit des rivières.

« Regarde ça l’ancien ! fait l’étranger, ils sont beaux n’est ce pas ? Ne te fies pas à leur air, ils sont magiques, tu verras tout à l’heure. Je n’aurais besoin que d’une grande marmite pleine d’eau et aussi d’un petit feu pour faire chauffer l’eau.  »

L’ancien est très méfiant mais il se dit qu’après tout il n’y a rien a perdre. Alors il demande : « quelqu’un peut amener une grande marmite ici ? »

Une vieille dame qui s’est approchée et n’a rien perdu de la conversation tend alors une marmite ».

Le fils du forgeron tire plusieurs saut d’eau du puits pour la remplir pendant que son père allume un feu à coté de la vieille croix.

Pendant l’opération le mot est passé et tout le village est là: certains sont moqueurs, d’autre pleins d’espoir.

Pendant tout ce temps, l’étranger est resté assis dans l’herbe, il a appris à la fille cadette d’un fermier à confectionner une drôle de petite poupée avec de l’écorce.

« Il me faudra aussi une louche » dit l’étranger en se levant et une main lui tend une grand louche en bois.

Il jette alors les trois galets dans la marmite, mélange et peu, et goûte.

« Hum, et voila une magnifique soupe de galets…nous allons nous régaler ».

« Elle est bonne ?  » fais l’ancien tout surpris.

« Excellente….quoi que, je crois qu’avec un peu d’herbes aromatiques, elle serait encore meilleure  »

Aussitôt la femme d’un paysan, dit « j’en ai ! Et elle ramène bientôt un beau bouquet garni.

« Ah voila, qui est parfait » dit l’étranger en re-goûtant. Il mâchonne un peu, comme on le ferait d’un bon vin. « c’est ça, il faudrait un arrière petit de goût de pomme de terre, ça ferait de cette soupe un véritable régal ».

« Boh, Il me reste quelques vieilles pommes de terre » dit un autre paysan  » je vous les ramène ».

L’étranger goûte de nouveau et dit « ça lui donne un super petit goût, vous allez adorer !

Attendez, vous savez que j’ai fait cette soupe de cailloux devant un seigneur il y a quelques jours et il avait fait ajouter quelques autres légumes, des navets, un peu d’orge je crois,  il a même ajouté un morceau de lapin parce que ça renforce le sang ».

Cette fois un ange passe. Le village se regarde. L’ancien dit « nous pourrions manger comme des seigneurs mes amis ».

Quelques navets apparaissent, un sac d’orge, des carottes.. Et même… Un demi lapin que tend l’acariâtre chasseur du village.

L’étranger goûte alors la soupe et quand il fait « mmhmhm… »  tout le monde le croit. La bonne odeur de popote embaume l’air  » je crois que si nous avions un peu de sel et un peu de poivre nous pourrions la déguster  dès à présent! »

La petite fille à la poupée lui tend alors les condiments avec un sourire complice. De la part de mes parents monsieur ! »

Cette nuit là, tout le monde mange à sa faim.  Il y a des rires, il y a des chants, il y a de la danse.

 

Et au petit matin quand l’étranger reprend la route de l’ouest tout le village dort encore.

Dans son sac, il a une drôle de petite poupée d’écorce que lui a laissée la petite fille. Elle lui a dit qu’avec ça, aussi, on peut fabriquer une soupe magique qui rend heureux.

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